L’analyse de la bisexualité féminine en Haïti, dans le maelström des bouleversements socio-politiques actuels, exige de transcender les taxinomies identitaires occidentales. Le phénomène se révèle moins comme une revendication affirmative que comme une praxis adaptative, façonnée par la conjonction d’une précarité endémique et de l’érosion des structures étatiques et sociales.
Dans un environnement où la survie matérielle constitue l’horizon premier, les alliances hétéronormatives conservent une fonction instrumentale prépondérante, agissant comme des remparts contre le dénuement. Toutefois, la déliquescence de l’autorité et la fragmentation du contrat social engendrent des interstices inattendus. Au sein de ce climat d’anomie, les cadres normatifs traditionnels régissant la sexualité perdent de leur prégnance coercitive. Les relations saphiques, qu’elles coexistent avec des unions masculines ou s’y substituent temporairement, deviennent alors des refuges de solidarité et d’intimité, des espaces de résilience affective soustraits à l’instabilité ambiante.
La bisexualité féminine en Haïti se manifeste donc comme une expression complexe de la fluidité psycho-affective, une stratégie discrète de navigation au cœur du chaos. Elle n’est pas tant une identité proclamée qu’une réalité sociologique clandestine, dont la phénoménologie est indissociable des logiques de crise qui régissent la Cité. Sa visibilité demeure obérée par les impératifs économiques, mais sa pratique est paradoxalement rendue possible par la vacuité même du pouvoir normatif.


