Le 12 novembre 1964, l’ordre duvaliériste consomme son œuvre de terreur par l’exécution sommaire de Louis Drouin et Marcel Numa, membres du groupe « Jeune Haïti ». Cette thanatopolitique, scénographiée aux abords du cimetière de Port-au-Prince, dépasse la simple élimination d’opposants. Sa médiatisation et la convocation forcée d’une foule estudiantine en font un rituel sacrificiel visant à inculquer une soumission absolue par l’horreur spectaculaire.
La proposition cynique faite à Numa (la clémence en échange d’une abjuration) révèle la mécanique totalitaire du régime, exigeant la capitulation morale autant que physique. Le refus catégorique du condamné, cristallisé dans sa réponse en créole – « Avè l’ m vini, avè l’ m ap mouri » – constitue un acte de résistance métaphysique. Cette déclaration, ultime affirmation de la solidarité et de l’honneur face à la tyrannie, transforme son supplice en un témoignage indélébile sur la violence d’État et la dignité inaliénable de la dissidence.


